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 ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas

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Säbel
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MessageSujet: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Sam 29 Nov 2008 - 14:47

Pourquoi fallait-il qu'ils parlent si fort? Pas un seul ne pouvaient-ils daigner cacher leurs réflexions?
Säbel avait réussi tant bien que mal à entrer dans la capitale, ignorant tout d'elle. En arrivant au matin près de ses portes, un vieux marchand gâteux avait daigné la laisser se faire passer pour une de ses assistantes. Elle avait dû lui céder une aiguille en argent pour cela. Avec regret d'ailleurs, mais malheureusement ses légères guenilles lui servant de vêtements, et ses jambes sales et écorchées attachées par un foulard comme celles d'un prisonnier, ne risquaient effectivement pas de mettre en confiance les hommes. Encore heureux qu'elle parvenait à dissimuler sa nature, en élaborant des rideaux de cheveux par-dessus ses oreilles.
En escaladant les escaliers de la ville, le vieillard n'avait cessé de lui poser des questions et de lui raconter toutes sortes d'histoires. Ou plutôt ils commençaient toutes sortes d'histoires, ne les terminaient pas et enchainaient sur d'autres bribes de sa mémoire. Si bien qu'au final elle n'en avait pas retenu grand chose.
Le voyage fut accompagné de ses soupirs, les voix murmurantes des bas-étage grinçaient dans leurs têtes, elle plissa des yeux fatigués en émergeant enfin des escaliers.

Même les ombres, étaient pitoyablement étalées par-terre, comme si on elles avaient été tout autant écrasées que leurs possesseurs. Le sol était humide, le vent soufflait calmement, emportant avec douceur les gémissements de ceux qui rendaient leur souffle dans le coin d'une ruelle. Une odeur d'épice régnait dans tout le quartier, sans doute venant de l'échoppe d'une commerçante qui se vidait les poumons en présentant ses maigres produits. Le soleil brillait faiblement, certainement honteux de devoir abaisser son corps flamboyant sur ce coin de misère. Un enfant bronzé pleurait, ou plutôt braillait auprès du corps d'une femme -sa mère?- étendue sur les pavés.
Le spectacle arracha un froncement de sourcils nerveux à Säbel, elle n'allait pas pouvoir monter plus haut. Se tournant nonchalamment vers son accompagnateur, elle lui administra un signe de menton qui signifiait sans doute"Adieu". Celui-ci embarrassé, comme si il l'envoyait lui-même à l'abattoir, lui offrit une grande étoffe grise de laine. Un merci et signe de main échangé. Et la voilà qui s'enroulait dans le grand tissu, le nouant au cou pour y faire une grossière capuche.
Ses pieds abîmés, la menèrent jusqu'à une taverne, quelques œillades curieuses ne l'avaient que effleurées jusqu'à maintenant, mais en entrant ce fut des vingtaines de yeux las qui visèrent l'espèce de spectre gris.
Des dizaines de chuchotements s'élevèrent, des indignations, ou des simples soupirs. Une personne gigantesque était entrée en même temps qu'elle, et à côté sa petite taille ne passait pas non plus inaperçue.
Agacée, ses dents mordillèrent pensivement la chair de ses lèvres gercées, tandis qu'elle se rapprochait du comptoir les bruits cessaient. Bientôt seul le son des verres que l'on reposaient sur la table auraient pu troubler sa tranquillité. Les dernières réflexions qu'elle entendit furent toutes au sujet de sa loucherie apparente.
Säbel renifla, l'endroit regorgeait d'hommes trapus, bronzés par la saleté, l'air amorphe, certains sans jambes, sans bras, d'autres qui jouaient avec des cartes aux faces presque vierges. Ils auraient bien pu se passer de la critiquer, pensa-t-elle.
Une fois assise, ses mains se posèrent sur ses genoux, rougies par le froid. Son ventre pour être franche, criait famine. Bien que l'on fut au printemps, le temps lui paraissait glacé. Normal vu ses origines, un vague souvenir de banquet abondant de viandes suantes sous la chaleur, les chants rugissants et les fruits saignants de leur nectar lui revint. Le souvenir lui était devenu très désagréable, aussi, elle fut heureuse quand une jeune femme vint vers elle pour certainement lui demander ce qu'elle désirait, la coupant dans ses songeries.
Le désarroi se creusa en son esprit, pour venir s'écraser dans son estomac vide. Elle n'avait certainement pas de quoi se payer festin. Avant que la serveuse ne lui ait demandé quoique ce soit, elle s'empressa de chuchoter.

"L'eau est-elle gratuite?" La réponse fut un charabia peu éloquent, qui ne signifiait sans doute pas complètement oui. Ne désirant pas se montrer insolente dans ces lieux, un rapide hochement de tête suffirait à faire diversion pour faire croire qu'elle avait compris. D'un timbre harassé, on lui présenta le nom de divers plats, peu d'entre eux lui était connu.
Tortillant ses doigts, la pauvre fille énonça à son tour des paroles à elle-même, sans doute des reproches sur sa stupidité d'être entrer sans argent.
Fatiguée de devoir réfléchir le ventre vide, un battement de cils plus tard et elle s'était désormais décidée.

"Un bol d'eau chaude avec des petits légumes?"

"Ce plat n'existe pas." Répondit avec toute l'amabilité jouée que pouvait la serveuse, visiblement peu contente de tomber sur une entêtée. Säbel leva vaguement la main comme pour s'excuser mais continua.

"Juste un bol d'eau chaude dans ce cas?"

"Et je vous rajoute quoi dedans? De la terre ou des feuillages?"

"Des feuillages je vous prie."

Cédante, elle nota la commande et partie à la recherche d'un bol et de feuilles, sous l'œil amusé de celle qui venait de gagner son "pain". Elle ne ravala pas son orgueil afin d'oublier qu'elle aurait pu tout aussi bien échanger une autre aiguille contre des pommes de terre de la salade et de la charogne. Abaissant sa capuche, dévoilant ainsi le visage "du personnage louche", bercé par un air flegmatique qui se tourna vers les tables des autres, en rien ce qu'ils mangeaient ne ressemblait à de la viande animale. Des grognements attirèrent son intention. Un chien la fixait avec mépris à l'autre bout de la pièce, reposant ses prunelles -grises-vertes pour la saison- vers ses jambes, qu'elle n'osa même pas balancer pour montrer son impatience. Cela prenait tant de temps de faire chauffer de la flotte et d'arracher quelques feuilles? De plus voilà que certains recommençaient à jaser sur son compte.
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Hotel

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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Sam 6 Déc 2008 - 1:10

Sentiment : nm. 1. Manifestation d’un état, d’une tendance : sentiment de tendresse ; mes sentiments dévoués, respectueux.

Insensible Adjectif. 1. Qui ne semble sensible à aucune émotion.

    « Bonjour monsieur. »

    On hésite un peu, après tout, cette peau est inhabituelle par ici...les cheveux aussi, quoique, il avait fait un effort et s’était soigneusement peigné...malheureusement, le vent avait ignoré ces considérables améliorations, et sa chevelure restait tout de même beaucoup trop brune.. Et puis, ils remarquent l’uniforme, et un petit rictus élargi les lèvres, un peu nerveusement parfois. Et Hotel sourit en retour. Enfin, il essaye ; ça sonne affreusement artificiel. Mais il le faut, on lui a apprit.

Souriant, adj Qui sourit souvent, qui est aimable et accueillant.

    On lui ferait ainsi plus confiance peut-être, et gagner la confiance de son interlocuteur permettrait de gagner des informations. Il le sait, il l’a lu. Enfin, l’heure n’était pas à la lecture l’heure n’était à rien du tout. Ses occupations étaient cruellement restreintes, et bien que le sentiment d’ennui lui fût peu familier, il ne voyait pas d’utilité à rester immobile dans le coin d’une pièce à atteindre le sommeil durant des heures. Ce fut donc sans but précis qu’il marchait à travers Aoshiro. Il descendait les marches à vitesse raisonnable, celles-ci se faisant de plus en plus glissantes et délabrées au fur et à mesure de ses pas. Ses mouvements étaient souples, agiles mais néanmoins ils paraissaient automatique : il n’accordait même pas un regard au paysage, les yeux rivés sur le chemin. La distraction n’accordait rien de bon, même si dans les environs la population risquait fort peu de le tuer par derrière. Ils semblaient l’éviter, l’uniforme blême contrastant avec le manque d’éclat des environs il était tout de même peu discret. Hotel semblait peu concerné par le malaise ambiant, le sourire figé.

Comme la défiance éveille la défiance, le sourire appelle le sourire : il rassure l'autre sur soi et toutes choses autour.

    Rassurant...hm, peut-être pas, le visage glacé en cette moue qui était presque moqueuse tant elle semblait hypocrite était peu « rassurant ». Il errait donc à travers les rues répugnantes des bas-quartiers, évitant les corps des mendiants, les animaux morts, et les quelconques objets non identifiés qui pourrissaient sur l’humidité du sol. L’odeur était fidèle à l’apparence, en d’autre terme, ça ne sentait pas la rose. On aurait cru son appartement, quoique, il faisait l’effort de jeter les aliments périmés et de ne pas laisser de corps inconnus sur son sol...mais la papeterie et les piles de livres entassés rattrapaient son score il faut croire.

    Il pénétra finalement dans une taverne, et l’odeur de la sueur le prit au nez en même temps que la chaleur étouffante. Ils n’aéraient pas souvent, ici...les regards se posèrent sur lui, et les yeux se firent méfiants, presque craintif peut-être. « mauvaise réputation », hein ? Le visage clamant une fausse joie innocente il fouilla la pièce du regard. Des hommes, que des hommes, virils sales et musclés, de travail peut-être...ce n’était pas à lui que ça arriverait, du moins pas aujourd’hui...pourquoi serait-il venu ici, sinon ? Alors qu’il s’apprêtait à détourner le regard, un homme moins viril, puisque c’était une femme apparue a ses yeux, alors qu'elle commandait auprès d'une serveuse. C’était étrange, qu’elle se trouve la, non ? Après tout, elle faisait un peu tâche dans un pareil décor... Bon, sa table semblait toute trouvée, songea-t-il ; et il s’approcha d’elle.


    « Bonjour. » Sourire glacial. Sa voix avait prit un accent candide, genre le Beau gosse du lycée qui vient de s’assoir à coté de la marginale du coin parce qu’il est tombé sous son charme a part. Un peu trop loin de la réalité donc. « Je peux m’assoir ? Merci. »

    Sans se départir de son sourire il s’assied en face d’elle, sans attendre aucune une réponse de sa part. Attendant le visage fixe le retour de la serveuse auprès duquel il demanda « La même chose que cette demoiselle », même si sachant peu à quoi s’en tenir, il la détailla quelques instants...elle était un peu sale, elle avait l’air fatiguée aussi. Semblant indifférant aux regards environnants, et aux départs de quelques personnes plus craintives que les autres, il lança poliment :

    « Vous êtes d'ici ? Parce que le bol d'eau chaude aux feuillages, c'est répugnant. » Sourire. « Un peu comme vos jambes. » L'expression fixe, ses propres propos ne lui faisaient ni chaud ni froid.
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Säbel
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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Sam 6 Déc 2008 - 2:04

Qu'elle est laide. Etrangère, assassin, traine-misère. Ne viens pas trainer tes pieds sales sur nos parquets puants. Ne montre pas ton visage, encore trop propre, pas assez expressif, d'où te vient cette cape? Voleuse, trainée.
Säbel cessa de faire le résumé de tous les mots murmurés autour d'elle, d'abord parce que cela ne l'intéressait guère plus de savoir de quelle manière on l'insultait. Ensuite parce que silence venait de se faire. Des pas lourds, ou plutôt grinçants sur le bois humide, mécanique.
Elle ne se retourna pas, bien trop occupée à attendre que la serveuse dénude un pauvre arbuste pour son repas, cependant les jaseurs les plus courageux reprenaient à voix basse leurs critiques. Mais cette fois imperceptibles, des fourmis qui s'écrasent à contre gré, et peste contre le chat qui marche au-dessus d'eux sans leur prêter intention. Ce ne fut que un déplacement de chaise et un nouveau voisin de table plus tard qu'elle comprit la raison de ces messes basses.
On trouvait des choses bien étranges par ici, comme par exemple le froid sur un sourire chaleureux, ou plutôt qui se voulait agréable. On aurait dit une mauvaise blague, peau sombre, uniforme mal blanchie, les lèvres étirées dans un rictus dérangeant. Elle à côté avait autant d'expression qu'un paresseux en hibernation, la peau blanche et les vieux habits sales. Oui ça devait être cela, cette taverne avait dû se cotiser pour lui faire une mauvaise blague.
Une fois de plus la serveuse lui sauva la vie en l'empêchant de rappeler à l'ingénu qu'il venait de s'asseoir sans autorisation, en apportant son bol fumant où trois misérables feuilles se battaient en duel.

"Si vous savez que c'est répugnant c'est que vous avez dû pouvoir en manger, donc ça devrait aller, et si mes jambes vous répugne tout autant que mon repas vous pourriez tout aussi bien manger un agréable et attirant cadavre gisant dehors, non?"

A peine eut-elle fini de marmonner sa réplique, que la vague impression de ne pas avoir répondu ni à son bonjour ni à sa question lui vint. La flotte brûlante fut portée à ses lèvres, à chaque ingurgitation ses épaules frémissaient, et sa gorge se déformait à chaque passage de l'eau. Sa langue était à vif, ce masochisme permettait de reprendre possession de quelques vagues sensations banales, comme sentir ses muscles se détendre quand le froid qui vous grillait la peau devenait intenable.
D'un revers de main, elle essuya les coins de sa bouche, seulement tâché d'eau. Les feuilles demeuraient fichées au fond du bol, condamnées à disparaitre autre part que dans l'étroit estomac de Säbel.

"Je ne viens effectivement pas d'ici."

Cette fois la phrase était claire, si l'eau chaude aux feuillages n'avait aucunement rassasié et ses forces et sa faim, sa voix s'élevait nettement mieux qu'avant.
Les autres clients, ou plutôt spectateurs reprenaient tour à tour leurs inactivités, jetant parfois quelques coups d'oeils furtifs à cette table curieuse. Des animaux, une vingtaine de singes aux faces ridés, toisant d'un regard en-dessous un espèce de furet tout maigre et un imposant animal à l'air faussement sympathique. Faute d'avoir des bananes ou autres fruits, ils auraient bien pu sans hésiter balancer leurs propres peaux malades à leurs figures, seulement et presque malheureusement la lèpre n’avait pas encore rongé leurs corps pour qu’ils puissent se l’arracher.

Un vague plissement de regard, et elle obtempéra pour dégager ses yeux des mèches brunes qui lui bouchaient la vue, afin de mieux dresser le portrait de celui qui lui faisait face. Ce à quoi elle renonça rapidement, son visage avait quelque chose de malsain, il souriait comme l’aurait fait un pantin usé que l’on trouve dans les greniers, ceux qui servent à décor de films d’horreur pour enfants. De plus, le visage de la pauvre fauchée devait constamment rester levé afin d’observer les traits de son interlocuteur. Ou traduction : Hotel était bien plus grand qu’elle, ce qui n’est pas bien difficile je vous l’accorde.
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Hotel

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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Sam 6 Déc 2008 - 3:06

    Eh bien, si elle était la c’est parce qu’elle avait du caractère...peut-être devrait-il surveiller son langage...ou non. Pourquoi le ferait-il ? Il se distrayait, que diable ! Ce n’était pas... une leçon de politesse ! Et fort heureusement, parce qu’il en avait, des cours à rattraper sur ce domaine...sourire, connaitre la définition de merci – merci nm Parole de remerciement : un grand merci. S’emploi pour remercier- et parler calmement ne suffisait malheureusement pas, contrairement à ce qu’il semblait croire. Il lui manquait un soupçon d’hypocrisie... Et d’empathie.

    Il reçut également son bol, qu’il fixait sans trop d’émotion, puisque nourriture égal manger. Les feuilles flottaient dans, ou plus exactement sur l’eau chaude, en vagues glissements lents : avec le dos de sa cuillère il les plongea vers le fond, et décida après un court instant de ne pas y toucher...tout de suite en tout cas. Le sourire toujours présent, et la tête baissé, il lâcha doucement :


    « Non. J’aime bien les gens laids. »

    Un peu de mauvaise foi, ou de manque de gout peut-être, parce qu’hormis son état assez déplorable, le visage de l’humaine, ou plutôt pensait-il que s’en était une, était harmonieux, joli, mignon. Ou était-ce simplement de la provocation ou du mépris, mais pas quelque chose à prononcer en tout cas.
On peut sourire et sourire et pourtant être un scélérat.
    La position tendue, le dos droit et les épaules relevées, ses bras posés ses cuisses il aurait presque eut l’air d’un gentil fils de bonne famille sans la grimace hypocrite et les cheveux ébouriffés par le vent : personne n’est parfait. Elle annonça qu’elle n’était en effet pas du pays, et le regard du jeune homme se durcit légèrement, sans perdre son sourire tout de même...elle venait d’où, d’abord ? Elle semblait un peu naïve, à moins qu’elle ait une si bonne raison d’être ici que rien ne servait de la cacher...hum. Il se pencha un peu plus vers elle, posant ses mains sur le bord de la table. Rapprochement perceptible, mais discret. Il avait peut-être trouvé quelque chose à faire, finalement...ça méritait des éclaircissements, et il la questionna ;

    « D’où ?» Il approfondit ses paroles, en répétant, comme si elle risquait de ne pas comprendre ; « Je veux dire, d’où viens-tu ? »

    Il était conscient du fait qu’elle n’avait pas brusquement changé de langage en quelque minute, mais ça lui semblait plus clair ainsi ; il y tenait, à la clarté de ses paroles. Pour une fois qu’il y avait quelque chose de clair chez lui, ricana-t-il intérieurement, son regard dérivant vers sa main. Mais l’autodérision avait ses limites, et de nouveau il releva la tête vers sa compagne de table improvisée, continuant de fixer son visage, on ne sait jamais, si ça se trouve il s’était trompé sur ses propos, hein ? Même si c’était une étrangère et que, moralement parlant, si elle n’allait pas être pendue haut et court elle allait quand même gouter aux délicieuses lois de Koori lui-même y ayant échappé de peu. Il avait en effet un peu de mal à entrer dans la norme, pas que ça le dérange particulièrement. Rien ne semblait le déranger ; le ciel trop bleu, le soleil qui cognait, la pluie qui pénétrait dans les os, le sol glissant, la terre boueuse, les hurluberlus qui discutaient à coté et son interlocutrice qui l’avait gentiment rembarré quelques minutes plus tôt, la mauvaise odeur qui planait dans l’air, et l’ambiance pesante, les regards curieux, les feuilles de buissons suspects, et même pas non plus l’eau brulante qu’il était condamné a boire.
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Säbel
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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Sam 6 Déc 2008 - 15:42

Finalement lui aussi plongea sa cuiller mal rouillée dans la surface chaude et terne, emplissant le bol que venait de lui servir avec lassitude la serveuse qui semblait regretter de s'occuper de ces clients.
Un infime sourire -bien plus réaliste que le sien- se traça doucement quand il répondit. Cela devait être une bonne chose d'aimer les gens laids par ici. Enfin, la laideur de ces personnes ne venaient pas d'eux, mais plutôt de leurs statuts, réduits à moins que rien. Le désespoir et la misère rends atroces leurs visages bronzés de saleté, déforme des os saillants qui pour peu déchireraient leurs peaux maigres. Atroce.

Sans le savoir, et peut-être guidé par l'intuition de la fourberie, il lui posa une colle. Elle n'avait pas, plus d'origines, ni de maison-mère. Ni de maison tout court d'ailleurs. Le sceau gravé sur son sein lui tirailla légèrement la poitrine, comme si il grondait pour lui rappeler l'interdiction d'énoncer même son ancien clan. Enfin, façon de parler, jamais son âme n'avait appartenu à ce repaire de démons stupides et désireux de tuer piller et détruire tout par le feu. Le feu étant lui-même l'élément auquel Säbel se rapportait le moins, selon elle. Les seuls brasures qu'elle identifiait à elle-même, était celle de ses jambes, et peut-être aussi de ses mains brûlées par le froid.

"Je viens du ventre de ma mère très certainement."
Regard posé sur la table, jambes ballantes, ses mots semblaient plus adressés à son bol qu'à Hotel. "Et plus récemment des escaliers." Raclement de gorge, la réponse ne passerait certainement pas pour une plaisanterie, ou alors une ratée.
Une énième fois de plus, la serveuse vint la déranger durant un moment crucial, elle se planta devant eux et ne bougea plus. Aucune réaction tout d'abord, et ce fut après quelques secondes que les neurones de la damnée décidèrent de décrypter l'attitude de cette femme. Sa main se glissa dans une poche de sa jupe, ses doigts effleurèrent des vieux bouts de papier, des fils du tissu, mais rien de consistant et rond qui aurait pu être une pièce.

"Que vaut ce ...plat?"

"Pour l'eau chauffée, le bol en poterie, les feuilles lavées et la cuiller ça va faire au moins quatre pièces." Ricanements, visiblement elle ne comptait pas lui faire une fleur lui ayant déjà offert des feuillages, Säbel haussa un sourcil et déforma ses lèvres jusqu'à obtenir un sourire exagéré.

"Je n'ai mangé ni le bol ni la cuiller."

"Normalement les étrangers on les laisse bouffer par terre ici, quatre pièces." Ah étrangère. Elle se doutait bien que cette appellation allait lui causer des problèmes. La serveuse regardait avec insistance Hotel, ou plus précisément son uniforme. Espérant peut-être que l'habit prenne vie pour arrêter lui-même la pauvre petite étrangère, car son possesseur ne semblait aucunement emprunt de sévérité. Et son apparence ne la mettait pas plus à l'aise que celle de l'autre fauchée.
Fauchée en question qui cherchait dans ses manches un quelconque substitut pour payer, elle déposa d'un geste hésitant une aiguille sur la table. Si ça continuait elle allait vite être dépouillée de ses seules artefacts.

"Elle est en argent." La précision arracha une moue sceptique à celle qui s'impatientait de recevoir la note, et se mit à marmonner. "J'suis pas bijoutière, on entre pas dans les tavernes sans arg..." Elle n'osa pas continuer sa phrase, se rendant compte du jeu de mots. Säbel lui lança un regard bienveillant, peut-être un peu trop pour être sincère. Le débat fut clos.
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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Dim 7 Déc 2008 - 17:40

    C’était une plaisanterie, traduisit-il pour lui-même. Néanmoins, il ne rit pas, et son visage prit l’air soudainement moins sympathique bien que le sourire restait comme gravé sur ses lèvres. La serveuse le coupa dans sa réponse. De l’argent. La jeune femme semblait en manquer –la raison de ce...choix, peut-être – et le sourire d’Hotel ne fit que s’élargir, alors qu’il lança, la voix innocente alors que l’autre tentait de marchander ;

    «Avant, nous souhaiterions le plat du jour, demanda-t-il aimablement.
    Traduction ; on a pas fini dégage grognasse.


    Bon, fallait-il toutefois qu’il y aille un plat du jour mais il avait l’air plutôt confiant ; au contraire la serveuse parut hésiter, mais il était peut-être riche, celui-ci, il était capable de payer pour deux...Après leur avoir jeté un regard mauvais, elle disparut de nouveau alors que jeune homme sortait de sa poche une bourse en cuir qu’il prit soin d’ouvrir lentement. C’était bien payé, sentinelle... Il les fit cliquetiquer joyeusement, et en extirpa cinq ou six dans sa main. Ses gestes étaient lents, calculés, et au bout d’un moment il les désigna à la jeune fille, entrouvrant ses doigts :
    « D’où viens-tu ? » Reprit-il:

    Son ton était courtois, et il restait fidèle à son rictus, comme si il venait simplement de lui demander la marque de sa robe, parce qu’elle était vraiment trop mignonne. Bon, il n’envisageait pas de se travestir, pas plus que le taux de probabilité qu’avait Säbel pour porter une robe MIGNONNE.

    Malgré ces manières, la phrase sonnait clairement comme du chantage. S’il la laissait seule avec les plats commandés, ce n’est certainement pas lui qu’on embarquerait en prison... quoique, si elle avouait quoique ce soit de travers sur sa nationalité véritable, elle risquait également d’y passer. Enfin, vu son état, la prison n’aurait pas été un mal. Ca lui aurait même permis de manger autre chose que des feuilles et de l'eau chaude...et de se faire un bain de pied..Quoique, les prisons de Koori étaient aussi acceuillantes que les rues des bas étages en pleine nuit, c'est à dire très très peu.

    Quelques clients les regardaient encore, la plupart faisant mine d’être absorbé autre part ou au contraire, les fixant avec une curiosité malsaine et un peu déplacée. C’était un drôle de "couple" que voila...les inégalités sociales dans toute leur triste splendeur.
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Säbel
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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Dim 7 Déc 2008 - 18:38

Le plat du jour? Elle envisagea de l'elfe grillé, ou alors un enfant frais à l'eau propre, et pourquoi pas attention de la viande de moineau. Malheureusement la dernière option ne la laissait pas complètement indifférente. Les pièces s'entrechoquaient bruyamment en roulant dans la main du jeune homme, piégée elle les regarda se bousculer les uns les autres, et poussa un soupir silencieux qui lui fit remonter les épaules.
Elle ne tenait pas tellement à mendier de la nourriture, en plus c'était assez louche. Quel genre d'individu échangerait un plat chaud contre une information sur la vie d'une gueuse?
Ses yeux fixaient sombrement les doigts de Hotel. Et son estomac devait très certainement fixer sa réaction, agonisant et suppliant. Qu'il était fourbe.

"Je ne viens pas de koori, ni de Fabulya, un petit effort Säbel oublie la négation,...de Swilyara."

Visiblement à moins qu'on ne menace sa vie -voir la coopération selon Sidonie-, elle se montrait assez réticente. Or il s'agissait de la vie de son appétit, pourtant elle ne précisa pas plus. Elle redressa la tête, fixant sévèrement son interlocuteur tout en souriant paisiblement, puis reprit.

"Je ne tiens sincèrement pas à en dire plus, alors si des informations sur ma passionnante -ironie- vie de gueuse sont ma seule monnaie d'échange avec vous, demandez autre chose s'il vous plait."
A prononcer avec les trois derniers mots sur un ton caressant frôlant le sarcasme contenu. Elle ravala sa réticence et détendit son dos, bien que son interlocuteur fut assez fourbe et agaçant, il n'en restait pas moins qu'il avait été poli -peut-être un peu trop même- du début jusqu'à maintenant.

Et là devinez qui intervient? Ultimate-serveuse, encore le visage renfrognée et tremblant légèrement sous le poids d'une assiette de taille moyenne contenant de la...viande? Viande blanche donc non identifiable avec de la graisse sur le dessus, et des asperges sagement déposées à côté. Elle posa le plat entre les deux protagonistes, en barbotant un "bon appétit" tout aussi sincère qu'un "voilà bande de chacals". Säbel qui entretenait désormais de grands liens amicaux avec cette jeune femme lâcha un merci sans même la regarder, de crainte de trop apprécier sa frustration pour rester sympathique.
Gardant ses mains solidement soudées à ses genoux, elle élevait le regard à celui du sentinelle, ignorant par force les asperges prêtes à être sacrifier.
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Hotel

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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Dim 4 Jan 2009 - 21:03

    Swilyara...il parut s’étonner légèrement, ou plus exactement, il feinta l’étonnement de manière si exagéré que ça rappelait une pastiche. Ses traits reprirent son masque impassible, alors qu’elle reprenait son « discours » sarcastique, qu’il écoutait en la fixant des yeux, une lueur presque...admirative ? Etait-ce cela, de l’admiration ? Ca faisait bien longtemps qu’il n’avait pas eut à mettre un mot sur quelque chose qu’il ressentait, puisqu’il s’efforçait de ne rien ressentir. Enfin...la mentalité de soldat lui écrasait le peu d’humanité qu’il s’efforçait de balayer, et vraiment ; admirer une gueuse, il fallait vraiment être un détraqué de rebelle pour agir ainsi !

    Il hocha poliment la tête, avec presque autant de compréhension qu’un enfant auquel on dit de ne pas jouer-et-faire-ses-devoirs ; « c’est ça, ouais ! », et la serveuse déposa leur plats...qui avaient l’air assez infect. Il était habitué a de la nourriture de qualité plutôt bonne, ses balades dans le bas quartier se résumant à attraper les hors la loi, ou les hors esthétique, qu’inconsciemment peut-être, il avait tendance à plus épargner que les autres...chassez le naturel il revient au galop, hein ?

    Une fois la serveuse disparue après quelques bougonnements, parce que les clients sont jamais contents, et ceux la font fuir les autres, j’ai autre chose à faire, jamais de congé ici, et puis, erk, ça sent mauvais, j’en ai marre, et puis, les gens sont crétins avec leurs commentaires vaseux, pourquoi c’est pas eux qu’on jette en prison, et..., Hotel reprit la parole après quelques temps de silence :


    « Ce n’est peut-être pas très réfléchi de parler ainsi à un soldat. »

    Sourire idiot, yeux innocents, il hasarda, changeant totalement de sujet;

    « Swilyara...Ce sont souvent des... comment dit-on...» Légère pose, il leva les yeux au ciel dans une réflexion trop exagérée pour être honnête, et reprit ; «Créatures, qui vivent là-bas, non ? »Pause, il releva les yeux vers elle ; « Vous êtes humaine ? »

    A la vu du sourire qu’il affichait, il n’avait pas l’air d’avoir attendu sa réponse pour se forger un avis là-dessus... Baissant la tête vers son assiette, il plongea la fourchette dans la viande, qui s’enfonça a l’intérieur comme du beurre... il retira la couche de graisse, métrosexuel refoulé peut-être, et le porta sa bouche, son soupçon confirmé ; c’était répugnant. Pauvre petit fortuné habitué à la nourriture variée, équilibrée (et chère payée). Son sourire n’avait pourtant pas quitté son visage, même s’il s’était fait plus...acide, alors qu’il reposait sa fourchette sur sa table. Tant pis pour le repas.
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Säbel
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MessageSujet: Re: ...Et donnez du pain à ceux qui n'en n'ont pas   Sam 7 Mar 2009 - 4:18

Il avait vraiment l’air trop louche, pour être un honnête soldat. A croire qu’il avait pris des cours d’expressions chez un enfant de cinq ans, bien que celui-ci aurait eu plus d’humanité dans de telles grimaces traduisant sans doute des sentiments qu’il ressentait vaguement.

« Peut-être, si ce n’est pas réfléchi je ne trouve pas ça insensé. » Proposa-t-elle comme réplique, haussant furtivement les épaules. Il détourna bien vite la question, pour en imposer d’autre, laissant sur son visage un air de réflexion tout aussi crédible que ses mimiques de machine.

Le regard de Säbel vint s’abattre sur le plat d’endives quand il posa la seconde rhétorique, évidemment il n’avait pas mis longtemps à comprendre. Un silence têtu lui cloua les lèvres, elle s’efforça de ne regarder que les sombres menottes de Hotel saisissant son couvert. Le coin de sa bouche tiqua, étirant un mince sourire sur son visage. Visiblement sa chance venait de se limiter au seuil du possible, elle fit mine de jouer avec sa fourchette, comme si manger pouvait bien attendre.

« Vous ne savez pas poser les questions de présentation dans l’ordre. »

Souffla-t-elle agacée en embrochant un carré de viande, qu’elle avala sans le vouloir avec une avidité plus que compréhensible, à la limite si le couvert n’avait pas été dans ses mains on aurait pu la traiter –en plus d’étrangère- de barbare. Elle ne pouvait vraiment distinguer la qualité du repas, récemment habituée par des vieux et maigres soupers, dommage qu’aucune bonne âme n’est inventé la soupe populaire dans les environs. La déchue avala précipitamment sa bouchée, ne désirant pas laisser admirer ses formidables coups de mâchoires hargneux et affamés sous l’œil agaçant du soldat qu’on pourrait nommer généreux voir plutôt astucieux et immonde profiteur. Qui semblait d’ailleurs peu apprécié les spécialités locales.
Elle daigna enfin relever le visage vers son interlocuteur, son sourire précédemment légèrement dessiné sur les bords de sa joue venait de s’effacer, elle le fixait presque gravement, scrutant ses manières faussement sympathiques voir carrément fourbe (sans doute l’effet désiré, ou alors il devait souffrir d’un sérieux souci d’expressions).


« Vous comptez… »
Elle ne termina pas, vérifiant d’abord que l’autre gêneuse de serveuse ronchon ne trainait pas encore dans les parages pour leur proposer de l’eau/leur demander si c’était bien mauvais/toutes activités inintéressantes de serveuse de taverne miteuse, champ libre. «…M’arrêter peut-être ? »

Säbel manqua de glousser, et se contenta d’un léger sourire ricanant, d’un rire jaune dissimulant un certain mécontentement d’être forcée de poser cette question. Elle piqua cette fois une endive, prenant le soin précieux de ne pas la déchiqueter et écraser directement entre ses canines et molaires afin de faciliter son passage à la douane de l’estomac.
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